A Sarrebourg, nouvelle tragédie de la Protection de l'Enfance
Communiqué de presse fédéral du 25 juillet 2025
Une nouvelle tragédie a eu lieu : la mort d’un bébé à Sarrebourg suite à une violence présumée de la part de ses parents. Selon les informations partagées par le Parquet et relayées par la presse, une enquête serait en cours pour soupçons de violence sur ce bébé de la part de ces mêmes parents. L’enfant, qui aurait été retiré de sa famille, lui aurait été restitué sans attendre le résultat de l’enquête.
Il ne s’agit pas pour nous d’un simple fait divers et nous ne rechercherons pas la responsabilité chez les services sociaux ou la Justice des mineur-e-s, exsangues.
Ce drame fait malheureusement suite à d’autres événements (par exemple la mort de Marina, 8 ans, sous les coups de ses parents après trois signalements) qui mettent en relief la déliquescence de la Protection de l’enfance, à la croisée de retours en arrières politiques et de l’insuffisance grandissante des moyens.
La collaboration avec les parents devient sacralisée, même quand elle n’est pas possible. Elle est pourtant institutionnalisée par de nombreux dispositifs innovants qui visent à maintenir les enfants en danger dans leur famille, d’éviter les mises à l’abri ou ne pas exécuter des placements que les magistrat.e.s sont par ailleurs soumis à une forte pression pour éviter de prononcer.
L’alternative de la « contractualisation » basée sur une collaboration parentale qui ne peut être parfois qu’apparente, sans même un suivi judiciaire ou éducatif soutenu, fait prendre des risques démesurés aux enfants, tandis que les éducateurs-trices spécialisé.e.s et magistrat-e-s sont noyé.e.s sous le nombre de mesures qu’elles et ils n’ont pas les moyens de suivre.
Ce type de conceptions relève d’un véritable retour en arrière après plus d’un siècle de construction de la Protection de l’Enfance. Le soutien à la parentalité, la prévention spécialisée, l’éducation populaire dans les quartiers, la justice pour mineur-e-s se sont développés autour de l’accès aux droits fondamentaux, de l’intérêt supérieur de l’enfant, un droit notamment d’être protégé contre le danger. Or, ce sont ces mêmes secteurs, qui sont mis en coupe réglée par des politiques austéritaires dont les effets sont révélés aujourd’hui dans des situations dramatiques où des enfants, au final, meurent.
Dans le procès intenté par des associations d’usager.e.s à l’ASE et au Conseil Départemental de la Sarthe pour la mort de Marina, ce dernier s’était réfugié derrière des dispositifs supposés conformes à la loi pour se dédouaner de toute responsabilité, alors que l’évaluation du danger et le principe de précaution avaient été piétinés. La Cour Européenne des Droits de l’homme a au final condamné en 2020 la France pour avoir failli à protéger Marina des actes de torture qui ont amené à sa mort.
Cinq ans après, aucune leçon n’a été tirée, tandis que la Défenseure des Droits, en janvier de cette année, a rendu une décision-cadre actant que la France ne respecte pas l’intérêt supérieur de l’enfant.
Nous leur devons, comme à ceux qui souffrent quotidiennement du dysfonctionnement consécutif aux réformes de la protection de l’enfance, d’engager une refonte massive de ce secteur, avec des moyens sanctuarisés, qui permette de garantir les droits fondamentaux de nos enfants.